Devenir Luthier: Entre Rêves et Réalité

Bonjour les amis,
Je prends quelques instants pour vous parler d’une chose qui me tient à cœur… ou devrais-je dire, qui nous tient à cœur. Car, dans ce long dédale semé d’embûches, de bifurcations et de déceptions multiples, une question finit toujours par émerger chez tout guitariste passionné.
Je parle de ceux qui ont poncé leur pelle jusqu’à s’en user les doigts, de ceux qui ont appris, à leur plus grand bonheur mais aussi à leur dépit, la dure loi du monde de la musique—impitoyable et pourtant merveilleux.
La barrière entre rêve et réalité est si fine et pourtant si résistante, semblable à celle qui sépare la scène de la foule : mince, protectrice, mais inébranlable. Et pourtant, certains cherchent à la franchir. Passer de l’autre côté, non plus comme musicien, mais comme créateur d’instruments.
Alors oui, il est possible de sauter le pas. Mais il faut être submergé par une envie irrépressible, une passion que la raison seule ne peut contenir. Oser franchir cette barrière de la peur et du doute, et courir vers une nouvelle scène : celle de la lutherie. Une scène où l’on peut tout autant briller… ou tomber dans l’oubli.
1. Les compétences et connaissances à acquérir
Plusieurs questions se posent après avoir fait le choix de se lancer dans ce monde :
Que sais-je faire de mes mains ? C’est une question essentielle, que l’on retrouve dans tout métier manuel où le savoir-faire est primordial.
Quelle est ma connaissance actuelle ? Suis-je totalement novice ou ai-je déjà quelques bases en bricolage, en bois, en réparation d’instruments ?
Quel apport supplémentaire vais-je apporter à ce monde déjà très concurrencé ? Vais-je me spécialiser, innover, proposer une approche unique ?
De quoi ai-je besoin en matériel ? Quels sont les outils indispensables pour bien commencer sans exploser son budget ?
Qui va m’apprendre à combler mes lacunes ? Formations, mentors, autodidaxie… quelles sont les meilleures sources d’apprentissage ?
Puis-je survoler certaines choses et me concentrer sur l’essentiel ? Est-il préférable d’être polyvalent ou de maîtriser quelques compétences clés en profondeur ?
Puis-je faire toutes sortes de lutherie si j’apprends certains mécanismes fondamentaux ? Y a-t-il des principes universels applicables à la fabrication de divers instruments ?
Où puis-je trouver les réponses à toutes ces questions ? Livres, formations, forums, rencontres… quelles sont les ressources accessibles aux futurs luthiers ?
Quelles sont les compétences annexes à développer ? Dessin technique, lecture de plans, finition, teinture, vernis…
Quelle part l’informatique et les nouvelles technologies peuvent-elles jouer dans mon apprentissage ? Logiciels de modélisation 3D, CNC, impression 3D.
À quel point la théorie est-elle importante par rapport à la pratique ? Peut-on apprendre en autodidacte ou faut-il absolument une formation structurée ?
Quels sont les pièges classiques des débutants ? Mauvais choix de bois, erreurs de conception, manque de patience…
Toutes ces questions, certaines plus importantes que d'autres, peuvent paraitre de surcroit évidentes, sont à ce poser. Elles permettent de "dégrossir l'approche" d'une réalité et d'une exigence réelle.
2. L’investissement initial : le matériel et les contraintes financières
Une chose à prendre en compte, et qui est loin d’être négligeable, est le matériel initial à se procurer. Et autant vous dire que le budget peut vite grimper. Certes, un luthier débutant peut commencer avec des outils accessibles en grande surface de bricolage, mais il risque vite de déchanter lorsque la lutherie deviendra plus complexe. Certains travaux demandent plus de précision et un meilleur outillage, que ce soit en termes de ponçage, d’assemblage, ou de finition.
Le budget dépend également du type d’instruments que l’on souhaite fabriquer. Un luthier spécialisé dans les instruments à cordes du quatuor symphonique n’aura pas les mêmes attentes qu’un luthier de guitare, surtout électrique. C’est d’ailleurs sur cette dernière catégorie que la demande explose actuellement en termes de formations et d’apprentissage. Pourquoi ? Parce que la lutherie guitare semble plus accessible, tant sur le plan technique que financier.
Mais cela signifie-t-il que les luthiers guitare sont moins renommés ? Certainement pas ! Simplement, la lutherie d’instruments classiques repose souvent sur un apprentissage plus traditionnel et exigeant, où la réputation se construit sur de longues années. Dans ce milieu, le bouche-à-oreille est le principal gage de qualité, et un bon artisan peut rapidement être reconnu comme un maître luthier si son travail se démarque.
Au-delà des outils de base, il faudra donc réfléchir aux investissements nécessaires pour progresser : scies, rabots, gabarits, machines spécifiques… tout cela représente un coût non négligeable, mais indispensable pour atteindre un certain niveau de qualité et de précision.
3.Un marché de niche mais exigeant
La lutherie n'est pas un secteur où l'on devient riche, mais c'est un domaine où la passion prime. Ceci dit, si la renommé accompagne et précède l'artisan d'art alors il est clairement vrai que ce métier réagira aux même codes qu'un autre. L'argent existe et profite aux meilleurs.
Plusieurs segment existe au sein de la facture instrumentale, la fabrication sur mesure, la réparation, restauration, ou encore l’assemblage à partir de kits. La clientèle peut être variée : musiciens amateurs, professionnels, collectionneurs, écoles de musique…Le marché de l’occasion est également un concurrent indirect, car de nombreux musiciens préfèrent acheter une guitare vintage plutôt que d’investir dans une fabrication artisanale surtout si le vécu est partagé et si l'histoire de l'instrument est particulier.
La réalité économique du métier
Que vaut le prix d'un objet sans son temps? Pas grand chose et autant dire que la fabrication de votre instrument, en fonction de ses finitions et de votre dextérité va allonger considérablement son prix en dehors de vos matériaux initiaux
Sans compter que vous allez vous frotter à une concurrence que je n'appellerais pas déloyale puisqu'elle fait partie du marché, mais à des marques industrielles qui n'ont plus rien à voir avec l'artisanat auquel vous allez vous impliquer.
Alors oui, cela n'empêchera pas de fonctionner car après tout si la masse préfère le pas cher ou du moins le moins cher, certains préfère le fait main. C'est d'ailleurs ce que l'on retrouve chez toutes les marques de luxe comme LVMH, pour ne citer qu'eux.
Comment tirer son épingle du jeu ?
Le mieux pour se démarquer d'un marché saturé et submerger d'importation exterieur a faible coût est de se spécialiser, de se rapprocher de l'artiste afin de satisfaire ses moindres demandes: fabrication d’instruments uniques, modèles originaux avec des matériaux particuliers et des finitions sur mesures. Il faut créer un tissu de proximité et une confiance absolue entre les deux artistes.
Il faut aussi proposer des services complémentaires : réparation, customisation, réglages, un SAV performant et formateur et ne pas être avare en informations
Miser sur la visibilité : réseaux sociaux, YouTube, collaborations avec des musiciens, des boutiques en ligne et physiques, créer un réseaux sans pour autant rogner sur son savoir-faire
Développer une identité forte et un savoir-faire unique qui fidélise une clientèle.
4.Pour conclure:
De lourdes tâches vous attendent, cher padawan. La route est longue et sinueuse, mais passionnante. Durant votre traversée, vous rencontrerez des cailloux, voire de véritables rochers, obstruant votre chemin. Mais sous chacun d’eux que vous aurez soulevé et écarté, vous trouverez une fierté nouvelle et la beauté d’un travail accompli avec dévouement et qualité.
Vous pourrez lire dans les yeux du musicien la gratitude pour l’instrument que vous lui remettez, et lui verra dans les vôtres la satisfaction d’un devoir accompli avec rigueur. C’est ainsi que vous construirez votre réseau, forgerez votre réputation, excellerez dans votre métier et, dans un avenir proche, gagnerez votre pain avec le bonheur de votre passion au fond du cœur.
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