Histoire et évolution de la guitare : du luth ancien à l’ère électrique
Histoire et évolution de la guitare : du luth ancien à l’ère électrique
La guitare est bien plus qu’un instrument : c’est une mémoire de bois et de cordes, un fil sonore qui relie les civilisations à travers les siècles. Elle a accompagné les rites, les fêtes, les révoltes et les poètes. Suivons son chemin, du premier son tendu sur une corde à l’éclat électrique des scènes modernes.
Les origines lointaines : quand le son prend forme
Tout commence il y a des millénaires, lorsqu’un homme tend une corde entre deux morceaux de bois et découvre que la tension produit un son. Ce geste simple, presque instinctif, fonde l’idée même d’un instrument à cordes. De l’arc musical, utilisé d’abord pour la chasse puis pour la musique, naît l’idée de maîtriser la vibration, de faire chanter la matière.
En Égypte ancienne, le nefer, une caisse allongée surmontée d’un manche, résonne dans les temples et les palais. Ses formes annoncent déjà celles de la guitare. Au Moyen-Orient, le luth cananéen du XVIIIe siècle avant notre ère et le luth hittite, parfois fabriqué sur une carapace de tortue, montrent à quel point l’ingéniosité humaine cherchait à amplifier le son.
Vers le IIIᵉ siècle après J.-C., les caisses de résonance en bois se perfectionnent : on distingue une table, des éclisses, un fond. L’idée de la guitare moderne vient de naître.
La diffusion arabe et l’Espagne médiévale
Avec l’expansion du monde arabe, le ʿūd – ancêtre du luth – traverse le désert et la mer pour rejoindre l’Espagne. Là, il rencontre les traditions latines et devient le cœur d’un métissage sonore unique. Deux formes se distinguent :
La guitare mauresque, bombée, sans frettes, au son profond et envoûtant.
La guitare latine, plus plate, munie de quelques frettes, ancêtre directe de nos guitares actuelles.
Les deux instruments partagent cinq paires de cordes et se jouent au plectre, ancêtre du médiator moderne. Pendant des siècles, la guitare mauresque domine les cours et les places publiques. Le luth, lui, se diversifie et engendre toute une famille : théorbes, archiluths, guitares-luths… Chaque époque affine la forme, allonge le manche, cherche un équilibre entre puissance et douceur.
Les grandes évolutions du XIXe siècle
Au XIXᵉ siècle, un nom s’impose : Antonio de Torres Jurado, souvent appelé le Stradivarius de la guitare. Il redéfinit tout : proportions, structure, tension. Sa guitare classique devient le modèle que le monde entier adoptera.
Il fixe la longueur vibrante entre 650 et 655 mm, établit une touche large à 12 cases hors caisse et conçoit un barrage en éventail pour renforcer la table d’harmonie sans en étouffer la résonance.
Avant lui déjà, Jacob Otto avait ajouté une sixième corde, ouvrant la voie aux harmonies riches et à la guitare douze cordes acoustique.
Dans le sud de l’Espagne, un autre courant prend vie : la guitare flamenca. Plus légère, plus nerveuse, faite de cyprès ou de palissandre, elle devient la voix du cante jondo et du duende andalou. Son timbre sec, ses cordes souples et son attaque percussive forgent une identité unique. Parmi ses maîtres luthiers, on retrouve Santos Hernandez, Marcelo Barbero, Domingo Esteso, Manuel Reyes et les ateliers Ramirez ou Contreras.
L’ère de l’acoustique et de l’électrique
Au tournant du XXᵉ siècle, la guitare entre dans l’ère industrielle. Orville Gibson s’inspire du violon pour créer des guitares à table et fond bombés, puissantes et claires. C’est la naissance de la guitare de jazz.
Peu après, Christian F. Martin invente la silhouette folk et la fameuse dreadnought, dont la caisse large fera vibrer les planches des bars américains et des scènes de folk song.
Puis vient la révolution : George Beauchamp et Adolph Rickenbacker mettent au point la première guitare électrique en 1935. Le son devient amplifié, sculpté, transformé. En 1948, les premières solid body apparaissent, bientôt suivies par des manches métalliques, des vibratos, des micros multiples et, plus tard, des corps en matériaux composites. La guitare quitte le salon et entre dans la modernité.
Les maîtres et les héritages
Des compositeurs comme Fernando Sor, Aguado, Carulli ou Tárrega donnent à la guitare ses lettres de noblesse. Puis Andrés Segovia l’impose dans les orchestres et sur les grandes scènes, la transformant en instrument de concert à part entière.
De là, tout s’accélère : jazz, blues, rock, flamenco, musique classique, expérimentale. Chaque époque s’empare de la guitare et la fait résonner à son image.
Conclusion
De l’arc musical égyptien à la guitare électrique contemporaine, cet instrument a traversé les âges en épousant l’histoire de l’humanité. Chaque corde pincée raconte un fragment de cette aventure millénaire, où la main de l’artisan et celle du musicien se rejoignent dans un même geste : faire parler le bois, et donner au silence une voix.
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